Aménorrhée : pourquoi les règles s'arrêtent, et quand consulter
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation. Une absence de règles se diagnostique par un examen clinique et un bilan hormonal, pas à partir d'une page web. Si vous n'êtes plus réglée depuis trois mois, ou si votre adolescente n'est pas réglée à 16 ans, prenez rendez-vous avec un médecin ou une sage-femme.
Un retard, puis deux. Au troisième mois sans règles, la question devient difficile à repousser : est-ce qu'il se passe quelque chose ?
L'aménorrhée est le terme médical qui désigne l'absence de règles chez une femme en âge d'en avoir. Ce n'est pas une maladie en soi, c'est un signal. Dans trois situations, elle est parfaitement normale : la grossesse, l'allaitement et la ménopause. Partout ailleurs, elle indique qu'un maillon s'est déréglé dans la chaîne hormonale qui commande le cycle menstruel. Un stress prolongé, une perte de poids, un entraînement trop intense, un trouble hormonal : les causes sont nombreuses, souvent identifiables, et la plupart du temps réversibles.
Voici comment reconnaître une aménorrhée, ce qui la provoque, ce qu'elle change pour la fertilité et pour les os, et à quel moment il faut consulter.
L'aménorrhée n'est pas un diagnostic, c'est un symptôme. La question n'est jamais « comment faire revenir les règles » mais « pourquoi se sont-elles arrêtées ».
- Aménorrhée primaire : pas de premières règles à 16 ans, alors qu'elles surviennent normalement entre 10 et 15 ans.
- Aménorrhée secondaire : arrêt des règles pendant plus de 3 mois chez une femme jusque-là bien réglée. C'est la situation la plus fréquente.
- Trois exceptions normales : grossesse, allaitement, ménopause.
- Le premier réflexe : un test de grossesse, y compris quand on pense que c'est impossible.
- Les causes les plus courantes : stress, perte de poids, sport intensif, syndrome des ovaires polykystiques, excès de prolactine, arrêt récent de la pilule.
- Le risque quand ça dure : la perte de densité osseuse. Une ostéodensitométrie est conseillée dès 6 mois sans règles.
- L'erreur classique : prendre une pilule pour « régulariser les règles » avant d'avoir cherché la cause. Elle provoque des saignements artificiels et masque le problème.
Qu'est-ce que l'aménorrhée
Une définition simple, deux formes bien distinctes
L'Assurance Maladie la définit comme l'absence de règles chez une femme en âge d'avoir ses règles. Derrière cette formule tiennent deux situations très différentes, qui n'ont ni les mêmes causes ni la même prise en charge.
Le Manuel MSD apporte une nuance utile pour l'aménorrhée secondaire : le seuil de 3 mois s'applique aux femmes dont les cycles étaient réguliers, et passe à 6 mois ou plus quand les règles étaient déjà irrégulières. Autrement dit, si vous avez toujours eu un cycle menstruel irrégulier, un trou de quatre mois n'a pas la même signification que chez une femme réglée comme une horloge.
Ne pas confondre avec un simple retard de règles
Un cycle survient en moyenne tous les 28 jours, et cette régularité signale que l'utérus, les ovaires, l'hypophyse et l'hypothalamus fonctionnent de concert. Quelques jours de décalage n'ont rien d'anormal, une semaine non plus.
Deux termes reviennent souvent et méritent d'être distingués :
- Le retard de règles se compte en jours ou en semaines. Il justifie un test de grossesse, pas un bilan hormonal.
- La spanioménorrhée désigne des cycles très espacés. La Société Française d'Endocrinologie lui reconnaît une valeur sémiologique similaire à celle de l'aménorrhée : des règles qui n'arrivent que deux ou trois fois par an s'explorent comme une absence de règles.
Enfin, des saignements ne sont pas forcément des règles. Un spotting ou des pertes de sang en dehors des règles peuvent donner l'illusion d'un cycle qui continue alors que l'ovulation, elle, a cessé.
Les trois situations parfaitement normales
L'aménorrhée traduit un dysfonctionnement de l'organisme, sauf dans trois cas où elle est au contraire le signe que tout fonctionne comme prévu.
La grossesse, la première chose à écarter
C'est la cause la plus fréquente d'absence de règles, et c'est aussi la première à vérifier, systématiquement, avant d'envisager quoi que ce soit d'autre. Y compris quand une contraception est en place, quand les rapports semblaient sans risque, ou quand la conviction d'être enceinte est nulle.
Un test urinaire suffit dans la plupart des cas. En consultation, le médecin peut prescrire un dosage de bêta-hCG dans le sang, plus précoce et plus fiable. Et non, l'aménorrhée n'est pas toujours liée à une grossesse : c'est simplement l'hypothèse qu'on élimine en premier parce qu'elle est la plus probable et la plus facile à vérifier. À noter au passage qu'il reste possible de tomber enceinte pendant ses règles, ce qui relativise l'idée d'une période sans risque.
L'allaitement et le retour de couches
Après un accouchement, les règles ne reviennent pas immédiatement. En cas d'allaitement, la prolactine bloque l'ovulation et l'aménorrhée peut se prolonger plusieurs mois. C'est physiologique, et ce n'est pas une contraception fiable pour autant.
Le retour de couches arrive ensuite, à une date que personne ne peut prédire, et souvent avec un flux plus abondant que d'habitude.
La ménopause et la période qui la précède
La ménopause est confirmée après un an sans règles. Elle est précédée d'une phase de transition, la périménopause, qui débute en moyenne vers 47 ans et se manifeste par des cycles irréguliers, un syndrome prémenstruel plus marqué avec des seins tendus et une humeur en dents de scie, des bouffées de chaleur et des sueurs nocturnes.
Pendant cette période, des mois entiers peuvent passer sans règles, puis un cycle revient. Ce n'est pas une aménorrhée à explorer, c'est un ovaire qui s'arrête progressivement. Attention en revanche à ne pas confondre avec une ménopause précoce : les mêmes signes avant 40 ans justifient, eux, un bilan.
Les causes de l'aménorrhée secondaire
Une fois la grossesse écartée, l'enquête commence. Les causes se répartissent en grandes familles, et l'interrogatoire oriente souvent bien avant la prise de sang.
Le stress, la perte de poids et le sport intensif
C'est le trio le plus fréquent, et les trois renvoient au même mécanisme : l'hypothalamus met le cycle en pause parce que l'organisme estime que le moment est mauvais. On parle d'aménorrhée hypothalamique fonctionnelle.
- Un stress important ou un traumatisme. L'Assurance Maladie note que l'amélioration de l'état psychique permet le retour des règles. Notre article sur comment le stress affecte les règles détaille ce circuit.
- Une restriction alimentaire et une perte de poids, l'anorexie mentale en étant la forme la plus sévère.
- Un entraînement sportif intense, lorsque la masse grasse devient insuffisante. Les sports d'endurance, les sports esthétiques et les sports à catégories de poids sont les plus concernés.
La recommandation de l'Endocrine Society consacrée à cette forme d'aménorrhée précise deux repères concrets. Un bilan est justifié dès lors que l'intervalle entre les cycles dépasse durablement 45 jours, ou en cas d'absence de règles de 3 mois ou plus. Et c'est un diagnostic d'exclusion : on ne le retient qu'après avoir éliminé les autres pistes.
Pour les sportives, le sujet dépasse largement la question des règles. Il touche à la disponibilité énergétique, à la récupération et au capital osseux, comme nous l'évoquons dans règles et performances sportives.
Le syndrome des ovaires polykystiques
Le syndrome des ovaires polykystiques, ou SOPK, concerne 5 à 10 % des femmes en âge d'avoir des enfants. Il se traduit typiquement par des cycles très longs, au-delà de 35 à 40 jours, qui peuvent aller jusqu'à l'absence complète de règles.
Il s'accompagne souvent de signes d'hyperandrogénie : une pilosité excessive, une peau grasse, une acné hormonale persistante à l'âge adulte. C'est l'association de ces signes et de l'espacement des cycles qui met sur la piste.
L'excès de prolactine et certains médicaments
La prolactine est l'hormone de la lactation. Quand son taux s'élève hors grossesse et hors allaitement, elle bloque l'ovulation exactement comme elle le fait après un accouchement.
- Un adénome à prolactine, tumeur bénigne de l'hypophyse, se traite par médicament (bromocriptine) ou, plus rarement, par chirurgie.
- Des médicaments peuvent suffire à faire monter la prolactine : antidépresseurs, neuroleptiques, corticoïdes.
Le signe qui doit alerter est la galactorrhée, c'est-à-dire un écoulement de lait sans lien avec un accouchement récent.
L'insuffisance ovarienne, ou ménopause précoce
Il s'agit d'un arrêt du fonctionnement des ovaires avant 40 ans. Les causes possibles sont l'ablation des ovaires, une radiothérapie pelvienne, une chimiothérapie, des maladies auto-immunes comme la thyroïdite d'Hashimoto ou le diabète auto-immun, et certaines anomalies génétiques dont le syndrome de l'X fragile.
Le diagnostic change la prise en charge du tout au tout, car il ne s'agit plus d'attendre un retour spontané mais d'organiser un suivi, notamment osseux et cardiovasculaire.
La contraception hormonale et l'arrêt de la pilule
Deux situations opposées se ressemblent beaucoup vues de l'extérieur.
Sous contraception, l'absence de règles est souvent attendue. Le Manuel MSD indique que les contraceptifs contenant uniquement un progestatif, qu'il s'agisse de pilules, d'injections, d'implants ou de dispositifs intra-utérins, provoquent fréquemment des menstruations irrégulières ou une aménorrhée, et qu'une pilule combinée prise en continu produit le même effet. Ce n'est pas un dysfonctionnement, et nous détaillons ce que deviennent les règles sous pilule dans un article dédié.
Après l'arrêt de la pilule, plusieurs semaines sans règles sont normales, le temps que l'axe hormonal reprenne la main. En revanche, l'Assurance Maladie fixe une limite claire : au-delà de 3 mois, la situation doit être explorée. Passé ce délai, il ne s'agit plus d'un contrecoup de l'arrêt, il y a autre chose à chercher. Si vous vous interrogez sur votre contraception, notre guide pour choisir sa pilule en connaissance de cause fait le tour des options.
Les causes utérines, plus rares
L'axe hormonal peut fonctionner parfaitement et les règles ne pas apparaître, tout simplement parce que le sang ne peut pas sortir ou que l'endomètre ne peut plus se reconstituer.
- Des synéchies utérines, c'est-à-dire un accolement des parois de l'utérus, après une IVG, un curetage ou une révision utérine.
- Une sténose cicatricielle du col, fermeture anormale survenant après une électrocoagulation ou une conisation.
| Contexte | Piste la plus probable | Signes qui vont avec |
|---|---|---|
| Rapports non protégés, même anciens | Grossesse | Seins tendus, nausées, fatigue. Test à faire en premier |
| Perte de poids, régime, entraînement intensif | Aménorrhée hypothalamique | Frilosité, fatigue, baisse de libido |
| Choc émotionnel, surcharge prolongée | Aménorrhée hypothalamique | Troubles du sommeil, cycles longs avant l'arrêt |
| Cycles longs depuis toujours | Ovaires polykystiques | Pilosité excessive, acné, peau grasse |
| Écoulement de lait hors allaitement | Excès de prolactine | Maux de tête, troubles de la vision si adénome |
| Bouffées de chaleur avant 40 ans | Insuffisance ovarienne | Sécheresse vaginale, sueurs nocturnes |
| Arrêt récent de la pilule | Reprise de l'axe hormonal | Normal quelques semaines, à explorer après 3 mois |
| IVG, curetage ou conisation récents | Cause utérine | Douleurs pelviennes cycliques sans saignement |
Faites glisser le tableau horizontalement.
Ce tableau oriente, il ne conclut pas. Plusieurs causes peuvent se superposer, et c'est précisément le rôle du bilan de les départager. D'autres éléments du quotidien pèsent aussi sur la régularité du cycle, que nous avons rassemblés dans notre article sur les facteurs qui dérèglent les règles, et l'exposition aux perturbateurs endocriniens fait partie des sujets à surveiller.
Les causes de l'aménorrhée primaire
Chez l'adolescente, le raisonnement médical part d'une observation simple : les caractères sexuels secondaires se sont-ils développés ou non ? La réponse sépare deux mondes.
Quand la puberté ne s'est pas mise en route
Le développement pubertaire suit une chronologie assez régulière : l'aréole grossit vers 11 ans, les glandes mammaires se développent et les poils apparaissent vers 12 ans, les premières règles surviennent vers 13 ans. Notre article sur la puberté chez les jeunes filles détaille ces étapes.
Quand aucun de ces caractères sexuels secondaires n'est visible à 16 ans, les causes évoquées sont :
- Un retard pubertaire simple, de loin la cause la plus fréquente, et qui se résout seul.
- Une anomalie chromosomique, notamment le syndrome de Turner.
- Une anorexie mentale précoce ou un entraînement sportif intense.
- Une maladie endocrinienne, l'hypothyroïdie en premier lieu.
- Une altération des ovaires après un traitement, ou un dysfonctionnement de l'hypophyse ou de l'hypothalamus.
Quand la puberté s'est déroulée normalement
Si les caractères sexuels secondaires sont bien là, glandes mammaires développées et pilosité apparue, l'axe hormonal fonctionne. L'obstacle est alors anatomique, et il concerne le trajet que le sang doit emprunter pour sortir.
- Une imperforation de l'hymen, qui empêche l'écoulement. Elle se manifeste souvent par des douleurs pelviennes rythmées par le cycle, sans aucun saignement extérieur.
- Une malformation du vagin.
- Une absence d'utérus, le syndrome de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser. Le Manuel MSD situe cette agénésie autour d'une femme sur 5 000.
Le médecin s'appuie sur l'examen clinique et sur une radiographie de la main, qui donne l'âge osseux et permet de savoir si le corps est en retard sur l'état civil. Les traitements dépendent de la cause : hormonothérapie, geste chirurgical en cas d'obstruction, ou traitement de la maladie sous-jacente. Pour préparer sereinement l'arrivée des règles, notre article sur les premières règles répond aux questions les plus courantes.
Les symptômes associés à l'absence de règles
L'aménorrhée est rarement isolée. Les symptômes qui l'accompagnent sont souvent plus informatifs que l'absence de règles elle-même, parce qu'ils désignent l'hormone en cause.
Les signes qui orientent vers une piste hormonale
- Une galactorrhée, écoulement de lait sans lien avec un accouchement, oriente vers un excès de prolactine.
- Un hirsutisme, avec des poils sur la lèvre supérieure, le menton ou entre les seins, et plus largement une virilisation, signe une production excessive d'androgènes par les ovaires ou les glandes surrénales.
- Des maux de tête associés à des anomalies du champ visuel font évoquer une tumeur de l'hypophyse. C'est le signe qui justifie une consultation rapide.
Les signes de carence en œstrogènes
Quand l'aménorrhée s'accompagne d'un effondrement des œstrogènes, le corps réagit comme il le ferait à la ménopause : bouffées de chaleur et sécheresse vaginale. Une fatigue, une frilosité inhabituelle, une baisse de libido et des troubles du sommeil complètent souvent le tableau.
Ces signes ne sont pas seulement inconfortables. Ils annoncent le risque pour la santé osseuse décrit plus bas, et ce sont eux qui justifient de ne pas laisser traîner une aménorrhée sous prétexte qu'elle ne fait pas mal.
Comment se fait le diagnostic de l'aménorrhée
La consultation et l'examen clinique
La consultation commence par un interrogatoire complet, puis un examen général qui comprend la prise du poids, de la taille et le calcul de l'IMC. Le médecin recherche une pilosité excessive, de l'acné, une séborrhée. En cas d'aménorrhée primaire, il évalue précisément le développement pubertaire.
Un examen gynécologique, éventuellement accompagné d'un frottis, peut être proposé avec votre accord, et n'est pas pratiqué chez les jeunes filles vierges. La position de l'utérus est parfois relevée à cette occasion, sans conséquence sur le cycle : nous avons consacré un article à l'utérus rétroversé pour lever ce malentendu fréquent.
Les dosages hormonaux et l'imagerie
Le bilan se construit par étapes. Le professionnel de santé ne prescrit pas tout d'un coup : chaque résultat oriente le suivant.
| Examen | Ce qu'il cherche | Quand |
|---|---|---|
| Bêta-hCG sanguin | Une grossesse | En premier, systématiquement |
| FSH et LH | Le niveau de commande hypophysaire | Bilan de première intention |
| Estradiol et progestérone | La production ovarienne | Bilan de première intention |
| Prolactine | Un adénome, un effet médicamenteux | Bilan de première intention |
| Testostérone | Une hyperandrogénie | Si pilosité excessive, acné, virilisation |
| Hormone anti-müllérienne (AMH) | La réserve ovarienne | En deuxième intention |
| Échographie abdomino-pelvienne | Utérus, ovaires, malformations | Très fréquente |
| Radiographie de la main | L'âge osseux | Surtout en aménorrhée primaire |
| IRM hypothalamo-hypophysaire | Une lésion de l'hypophyse | Devant toute aménorrhée hypothalamique |
| Caryotype | Une anomalie chromosomique | Aménorrhée primaire, insuffisance ovarienne |
Faites glisser le tableau horizontalement.
La Société Française d'Endocrinologie insiste sur un point souvent négligé : l'IRM hypothalamo-hypophysaire est recommandée devant toute aménorrhée hypothalamique. Une aménorrhée attribuée un peu vite au stress mérite donc cet examen, ne serait-ce que pour écarter une lésion.
Absence de règles, fertilité et grossesse
Une aménorrhée n'est pas une infertilité définitive
Pas de règles signifie le plus souvent pas d'ovulation, et donc pas de grossesse possible tant que la situation dure. C'est vrai, et c'est légitimement ce qui inquiète le plus.
Mais c'est aussi, dans la majorité des cas, temporaire. Les aménorrhées liées au stress, à la perte de poids ou au sport sont réversibles : l'Assurance Maladie note explicitement que l'amélioration de l'état psychique permet le retour des règles. Reprendre du poids, alléger la charge d'entraînement, traiter un excès de prolactine ou une hypothyroïdie suffit très souvent à relancer le cycle. Seules certaines causes, l'insuffisance ovarienne prématurée au premier rang, engagent durablement la fertilité et justifient un accompagnement spécialisé.
On peut ovuler avant de revoir ses règles
C'est le point que tout le monde oublie, et il a des conséquences très concrètes. L'ovulation précède les règles d'environ deux semaines, elle ne les suit pas. Une femme dont le cycle repart ovule donc avant d'avoir eu la moindre confirmation par un saignement.
Autrement dit, une aménorrhée n'a jamais valeur de contraception, et le premier cycle qui revient peut aboutir à une grossesse sans que les règles soient jamais réapparues. C'est particulièrement vrai en post-partum, où l'allaitement retarde le retour de couches sans le supprimer. Les modifications de la glaire cervicale sont d'ailleurs l'un des rares signaux qui permettent de repérer une ovulation en l'absence de repère menstruel, et la phase lutéale qui suit détermine à quel moment les règles réapparaîtront.
Les risques d'une aménorrhée qui s'installe
La perte de densité osseuse, le risque le plus documenté
C'est la vraie raison pour laquelle on ne laisse pas une aménorrhée s'éterniser, et c'est rarement celle qui est expliquée en consultation. Les œstrogènes protègent l'os. Quand ils s'effondrent pendant des mois, la densité minérale osseuse baisse, avec un risque d'ostéopénie puis d'ostéoporose, et donc de fractures.
La recommandation de l'Endocrine Society est chiffrée et facile à retenir : une mesure de densité minérale osseuse par ostéodensitométrie (DXA) est suggérée chez toute adolescente ou femme présentant 6 mois ou plus d'aménorrhée, et plus tôt en cas de dénutrition sévère ou de fragilité osseuse connue. Un capital osseux se construit surtout avant 25 ans : une aménorrhée prolongée à l'adolescence ou chez la jeune adulte se paie donc bien plus tard.
Beaucoup pensent qu'une pilule prise pour « faire revenir les règles » protège les os. La même recommandation de l'Endocrine Society dit l'inverse : elle déconseille l'usage d'une pilule contraceptive dans le seul but de retrouver des règles ou d'améliorer la densité osseuse en cas d'aménorrhée hypothalamique fonctionnelle. Les saignements réapparaissent, la cause reste, et le suivi s'arrête faute de symptôme visible.
Les autres retentissements
Le Manuel MSD range aussi les troubles cardiovasculaires parmi les effets à long terme d'une carence en œstrogènes. Et lorsque l'aménorrhée relève au contraire d'un excès d'œstrogènes non compensé par la progestérone, comme dans certaines anovulations, le risque bascule de l'autre côté : saignements prolongés, hyperplasie et cancer de l'endomètre.
Deux mécanismes opposés, une même conclusion : un cycle qui ne tourne plus n'est jamais neutre, et c'est la cause identifiée qui détermine le suivi. Sur le versant des saignements anormaux, nos articles sur les caillots de sang pendant les règles et sur règles et anémie complètent le tableau.
Que faire quand les règles ne reviennent pas
Ce qui relève du médecin
L'Assurance Maladie pose une règle qui devrait figurer en gras dans tous les articles sur le sujet : « Le diagnostic de la cause de l'aménorrhée doit être fait avant toute prescription. » Elle ajoute que la prise d'une pilule estroprogestative pour régulariser les règles ne fait que provoquer des règles artificielles.
Traduit en pratique, cela signifie qu'un traitement qui fait réapparaître des saignements sans avoir identifié la cause ne soigne rien. Il rend simplement le problème invisible. La prise en charge, elle, dépend entièrement du diagnostic : traiter l'hypothyroïdie, faire baisser la prolactine, accompagner la reprise pondérale, adapter la charge d'entraînement, opérer une obstruction, mettre en place un traitement hormonal en cas d'insuffisance ovarienne.
Ce que vous pouvez faire de votre côté
- Faire un test de grossesse avant toute chose, même si cela semble inutile.
- Noter la date des dernières règles et la façon dont les cycles se sont espacés avant de s'arrêter. C'est l'information la plus utile que vous apporterez en consultation.
- Faire le point sur les six derniers mois : perte de poids, changement d'alimentation, hausse du volume d'entraînement, période de stress intense, nouveau médicament, arrêt de contraception.
- Vérifier vos apports si vous avez réduit vos portions. Notre article sur que manger pendant les règles donne des repères sur le fer et l'équilibre alimentaire.
- Ne rien prendre de votre propre initiative pour déclencher ses règles. Les plantes et remèdes de ce type n'agissent pas sur la cause et brouillent le bilan.
- Plus de 3 mois sans règles chez une femme jusque-là réglée, ou plus de 6 mois si les cycles étaient déjà irréguliers.
- Pas de premières règles à 16 ans, ou aucun signe de puberté à 14 ans.
- Un écoulement de lait hors grossesse et hors allaitement.
- Des maux de tête avec des troubles de la vision.
- Une pilosité qui s'installe rapidement, une voix qui change, une prise de masse musculaire inhabituelle.
- Des douleurs pelviennes cycliques sans aucun saignement chez une adolescente.
- Des bouffées de chaleur avant 40 ans.
Aucun de ces signes n'est à interpréter seul. Ils justifient un rendez-vous, pas une conclusion.
Le retour des règles, souvent imprévisible
Trois situations où la date reste une surprise
Quand la cause est traitée ou que l'équilibre revient, les règles réapparaissent. Sans prévenir, et rarement au moment choisi.
- Après l'arrêt de la pilule, le premier cycle spontané arrive à un moment que rien ne laisse deviner.
- Après un accouchement, le retour de couches survient à une date variable selon l'allaitement, et souvent avec un flux plus abondant que le flux d'avant grossesse.
- Après une aménorrhée hypothalamique, la reprise du poids ou l'allègement de l'entraînement relance le cycle sans calendrier.
Dans les trois cas, la même scène se répète : plusieurs semaines à vérifier, à emporter une protection au cas où, ou à se faire surprendre. Certaines choisissent alors de porter une protection lavable en continu, ce qui règle la question sans y penser.
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À dire clairement : une culotte menstruelle ne fait pas revenir les règles, ne traite aucune cause d'aménorrhée et ne remplace pas un bilan médical. Elle sert uniquement à ne pas être prise au dépourvu le jour où le cycle repart.
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Questions fréquentes sur l'aménorrhée
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01Qu'est-ce que l'aménorrhée et à partir de quand parle-t-on d'absence de règles ?
L'aménorrhée est l'absence de règles chez une femme en âge d'avoir ses règles. On parle d'aménorrhée primaire quand une adolescente n'a pas eu ses premières règles à 16 ans, sachant qu'elles surviennent normalement entre 10 et 15 ans. On parle d'aménorrhée secondaire quand les règles s'arrêtent pendant plus de 3 mois chez une femme jusque-là bien réglée. Le Manuel MSD porte ce seuil à 6 mois ou plus lorsque les cycles étaient déjà irréguliers.
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02L'absence de règles est-elle toujours liée à une grossesse ?
Non, mais la grossesse reste la cause la plus fréquente et la première à écarter, y compris sous contraception et même quand cela paraît improbable. Un test urinaire ou un dosage de bêta-hCG dans le sang permet de trancher en quelques minutes. Les deux autres situations où l'absence de règles est normale sont l'allaitement, la prolactine bloquant alors l'ovulation, et la ménopause, confirmée après un an sans règles.
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03Quelles sont les causes les plus fréquentes d'une aménorrhée secondaire ?
Après la grossesse, l'allaitement et la ménopause, les causes les plus courantes sont un stress important, une perte de poids ou une restriction alimentaire, un entraînement sportif intense, le syndrome des ovaires polykystiques qui concerne 5 à 10 % des femmes en âge d'avoir des enfants, un excès de prolactine lié à un adénome ou à un médicament, une insuffisance ovarienne avant 40 ans, et l'arrêt récent de la pilule. Plus rarement, l'obstacle est utérin, avec des synéchies ou une sténose du col.
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04Le stress peut-il vraiment faire disparaître les règles ?
Oui. On parle d'aménorrhée hypothalamique fonctionnelle : l'hypothalamus met le cycle en pause sous l'effet d'un stress prolongé, d'une perte de poids, d'un exercice excessif ou d'une combinaison des trois. L'Assurance Maladie indique que l'amélioration de l'état psychique permet le retour des règles. C'est toutefois un diagnostic d'exclusion, qui ne se retient qu'après avoir éliminé les autres causes, et l'Endocrine Society recommande un bilan dès que l'intervalle entre les cycles dépasse durablement 45 jours ou en cas d'aménorrhée de 3 mois ou plus.
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05Quels sont les risques pour la santé si l'aménorrhée persiste ?
Le risque le mieux documenté est la perte de densité osseuse, liée à la carence en œstrogènes, avec une évolution possible vers l'ostéopénie puis l'ostéoporose et un risque de fractures. L'Endocrine Society suggère une mesure de densité minérale osseuse par ostéodensitométrie chez toute adolescente ou femme présentant 6 mois ou plus d'aménorrhée. Le Manuel MSD mentionne également les troubles cardiovasculaires parmi les effets à long terme d'une carence en œstrogènes. À l'inverse, une anovulation avec des œstrogènes non compensés par la progestérone expose à une hyperplasie et à un cancer de l'endomètre.
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06Comment se fait le diagnostic et quels examens sont nécessaires ?
La consultation commence par un interrogatoire, la prise du poids et de la taille, le calcul de l'IMC et la recherche de signes comme une pilosité excessive ou de l'acné. Le bilan comprend un dosage de bêta-hCG, puis des dosages hormonaux : FSH, LH, estradiol, progestérone, prolactine, et testostérone en cas de signes d'hyperandrogénie. L'hormone anti-müllérienne est demandée en deuxième intention. Selon les cas s'ajoutent une échographie abdomino-pelvienne, une radiographie de la main pour l'âge osseux, une IRM hypothalamo-hypophysaire et un caryotype.
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07Peut-on tomber enceinte quand on n'a pas ses règles ?
Oui, et c'est un point souvent mal compris. L'ovulation précède les règles d'environ deux semaines, elle ne les suit pas. Une femme dont le cycle repart ovule donc avant d'avoir eu le moindre saignement pour le lui signaler. Une aménorrhée n'a jamais valeur de contraception, y compris pendant l'allaitement, où le retour de couches est retardé mais pas supprimé.
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08Combien de temps sans règles après l'arrêt de la pilule est-il normal ?
Plusieurs semaines sans règles sont normales après l'arrêt d'une contraception hormonale, le temps que l'axe hormonal reprenne son fonctionnement. L'Assurance Maladie fixe la limite à 3 mois : au-delà, la situation doit être explorée médicalement. Il ne s'agit alors plus d'un simple contrecoup de l'arrêt et une autre cause doit être recherchée.
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09L'aménorrhée se soigne-t-elle et quels sont les traitements ?
On ne traite pas l'aménorrhée, on traite sa cause. L'Assurance Maladie est explicite : le diagnostic de la cause doit être fait avant toute prescription, et une pilule estroprogestative prise pour régulariser les règles ne fait que provoquer des règles artificielles. Selon le diagnostic, la prise en charge repose sur un traitement hormonal, un geste chirurgical en cas d'obstruction, ou le traitement de la maladie sous-jacente. En cas d'aménorrhée hypothalamique fonctionnelle, l'Endocrine Society déconseille l'usage d'une pilule contraceptive dans le seul but de retrouver des règles ou d'améliorer la densité osseuse.
- Assurance Maladie, Qu'est-ce qu'une aménorrhée et quand faut-il s'inquiéter de l'absence de règles ?, définitions et situations physiologiques.
- Assurance Maladie, Aménorrhée secondaire, arrêt des règles de plus de 3 mois : quelles causes ?
- Assurance Maladie, Absence de règles chez une adolescente de 16 ans ou aménorrhée primaire
- Assurance Maladie, Consultation et bilan médical en cas d'absence de règles, examens et mise en garde sur la prescription.
- Manuel MSD, édition professionnelle, Aménorrhée, seuils diagnostiques, signes cliniques, contraception et effets à long terme.
- Société Française d'Endocrinologie, Item 42, Aménorrhée, spanioménorrhée et place de l'IRM hypothalamo-hypophysaire.
- Gordon CM, Ackerman KE, Berga SL et al., Functional Hypothalamic Amenorrhea: An Endocrine Society Clinical Practice Guideline, Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 2017, 102(5), 1413-1439.






























