Libido pendant les règles : pourquoi le désir monte chez certaines
Avoir très envie de faire l'amour pendant ses règles surprend souvent celles à qui ça arrive. On nous a expliqué que le désir culminait au milieu du cycle, au moment de l'ovulation, et voilà qu'il grimpe pile au moment où on s'y attend le moins.
Bonne nouvelle : c'est parfaitement normal, et la science explique assez bien pourquoi. Elle explique aussi pourquoi ça n'arrive pas à toutes, ce qui est tout aussi normal.
En moyenne, le désir sexuel augmente légèrement au milieu du cycle. Mais la variation d'une femme à l'autre est bien plus importante que cette moyenne, au point qu'elle la rend presque anecdotique à l'échelle individuelle.
- Les hormones jouent : l'œstradiol soutient le désir, la progestérone le freine. Sa chute juste avant les règles lève ce frein.
- Mais elles n'expliquent pas tout. Dans la plus grande étude sur le sujet, le meilleur prédicteur du désir n'était pas hormonal : c'était le fait de se sentir bien.
- D'autres facteurs comptent : la fin des symptômes prémenstruels, l'effet antidouleur de l'orgasme, le sentiment de transgresser un tabou.
- Attention : on peut tomber enceinte pendant ses règles, et les IST se transmettent aussi. La contraception et le préservatif restent d'actualité.
- Ne rien ressentir de particulier, ou avoir moins envie, est tout aussi courant. Il n'y a pas de norme à atteindre.
Est-ce normal d'avoir plus envie pendant ses règles
Oui. C'est même suffisamment fréquent pour qu'on arrête d'en faire une bizarrerie. Une partie des femmes situe son pic de désir autour des règles plutôt qu'au milieu du cycle, et cela ne traduit aucun déséquilibre hormonal.
Ce qui trompe, c'est qu'on répète partout que le désir culmine à l'ovulation, vers le 14e jour. C'est vrai en moyenne, sur des groupes entiers de femmes. Ce n'est pas une règle individuelle, et confondre les deux est la source du malaise.
Ce que dit vraiment la science
Le pic documenté se situe au milieu du cycle
Les travaux qui suivent le désir jour après jour retrouvent bien une hausse en milieu de cycle. Une étude publiée en 2013 a mesuré en parallèle les hormones et la motivation sexuelle de femmes non contraceptées : l'œstradiol prédit positivement le désir d'un jour à l'autre, la progestérone le prédit négativement. La baisse de désir observée après l'ovulation s'explique statistiquement par la montée de la progestérone.
Mais la variation individuelle écrase la moyenne
C'est le point que la plupart des articles omettent. La plus vaste étude disponible sur la question a suivi 213 femmes sur deux cycles complets, soit 11 735 questionnaires quotidiens. Résultat : le cycle est bien associé à une légère hausse du désir en milieu de cycle, mais surtout à une très grande variation d'une femme à l'autre. Certaines ont un pic à un tout autre moment. D'autres n'ont aucune variation notable.
Le meilleur prédicteur du désir n'est pas hormonal
Cette même étude a comparé les facteurs psychologiques (humeur, anxiété, énergie, bonheur) et physiques (douleurs, crampes, migraines, tension mammaire). Les facteurs psychologiques l'emportent nettement, et l'un d'eux ressort au-dessus de tous les autres :
Le bonheur était le prédicteur le plus fort de la variation du désir sexuel.
Kiesner et al., The Journal of Sexual Medicine, 2023Autrement dit : votre humeur du jour pèse plus lourd que votre taux d'hormones. Ce qui explique aussi pourquoi la fatigue, le stress ou une période difficile écrasent le désir quel que soit le moment du cycle.
Les hormones : qui fait quoi
Sans entrer dans les dosages, voici les rôles établis des trois hormones qui reviennent systématiquement dans les études.
| Hormone | Effet sur le désir | Où elle est haute |
|---|---|---|
| Œstradiol | Soutient le désir | Fin de phase folliculaire et ovulation |
| Progestérone | Freine le désir | Phase lutéale, après l'ovulation |
| Testostérone | Associée au désir, rôle encore discuté chez la femme | Autour de l'ovulation |
Faites glisser le tableau horizontalement.
Ce tableau éclaire une piste souvent avancée pour les règles : la progestérone s'effondre juste avant leur arrivée. Le frein se lève. Chez certaines, cette levée de frein se ressent plus que la baisse simultanée d'œstradiol.
Les chercheurs eux-mêmes reconnaissent que les dosages hormonaux n'expliquent pas toute la hausse de désir observée en phase folliculaire. D'autres signaux sont probablement en jeu, et ils ne sont pas encore identifiés. Méfiez-vous des articles qui présentent le mécanisme comme entièrement élucidé.
Les explications non hormonales
La fin du syndrome prémenstruel
Ballonnements, tension dans les seins, irritabilité, humeur en dents de scie : les symptômes de la phase lutéale s'estompent en général une fois les règles installées. Beaucoup de femmes décrivent un net soulagement dès le deuxième jour. Or, on vient de le voir, se sentir mieux est le premier moteur du désir. Cette explication est peut-être la plus simple, et la plus solide.
L'effet antidouleur de l'orgasme
L'orgasme déclenche une libération d'endorphines, qui ont un effet analgésique, et provoque des contractions utérines qui peuvent aider à évacuer le flux. Certaines femmes rapportent un vrai soulagement de leurs crampes. Ce n'est pas un traitement des règles douloureuses, mais l'effet est régulièrement décrit.
Le tabou qui excite
Le sexe pendant les règles reste entouré d'interdits. Or transgresser un interdit est en soi un ressort d'excitation bien documenté. Pour certaines, l'attrait tient précisément à cette dimension.
Un sentiment de liberté, parfois trompeur
Beaucoup se sentent plus libres pendant leurs règles parce qu'elles se croient à l'abri d'une grossesse. Le relâchement mental existe, et il compte. Mais la prémisse est fausse.
On peut tomber enceinte pendant ses règles. Les spermatozoïdes survivent plusieurs jours dans les voies génitales, et une ovulation précoce sur un cycle court peut suffire. Notre article peut-on tomber enceinte pendant ses règles détaille les cas concernés.
Les IST se transmettent aussi pendant les règles, le contact avec le sang n'y change rien de favorable. Le préservatif reste la seule protection contre les infections sexuellement transmissibles.
Faire l'amour pendant ses règles : en pratique
Aucune contre-indication médicale, et rien de sale : le sang des règles n'est pas sale. Restent quelques repères pratiques, qui font la différence entre un moment agréable et un moment gâché par la logistique.
- Retirer une protection interne. Tampon et cup doivent être retirés avant un rapport avec pénétration. Un tampon oublié peut remonter et devient difficile à récupérer.
- Prévoir une serviette de bain foncée sous les draps. Ça a l'air prosaïque, c'est ce qui permet de ne plus y penser.
- Le flux est souvent plus léger allongée. Les jours 3 et suivants sont généralement les plus simples.
- La douche est une option si l'idée des taches vous bloque plus que tout.
- Le préservatif protège aussi votre partenaire du contact avec le sang, si c'est un frein pour l'un ou l'autre.
Et pour le reste du temps, notamment avant et après, une protection dans laquelle vous vous sentez bien change beaucoup de choses. Se sentir à l'aise dans son sous-vêtement fait partie du sujet, ce n'est pas un détail annexe.
Simone Pérèle
Flux léger
Taille haute
Et si au contraire vous n'avez pas envie
C'est au moins aussi fréquent, et il faut le dire aussi clairement. Crampes, fatigue, ballonnements, gêne à l'idée du sang, envie qu'on vous laisse tranquille : autant de raisons parfaitement valables de ne pas avoir envie.
Rappelons que dans l'étude citée plus haut, une partie des participantes ne présentait aucune variation notable de désir au fil du cycle. Ni pic à l'ovulation, ni pic aux règles. C'est un profil normal, pas une anomalie.
Le seul repère qui vaille : votre envie du moment. Il n'y a pas de calendrier à respecter, pas de fenêtre à ne pas rater, et certainement pas de norme à atteindre.
Questions fréquentes
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01Est-ce normal d'avoir plus envie de faire l'amour pendant ses règles ?
Oui. Le désir varie beaucoup d'une femme à l'autre au cours du cycle. En moyenne, les études retrouvent une légère hausse en milieu de cycle, mais la variation individuelle est bien plus marquée que cette moyenne : certaines femmes situent leur pic autour des règles, d'autres n'ont aucune variation notable.
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02Quelle hormone est responsable de la hausse du désir ?
Aucune à elle seule. L'œstradiol soutient le désir au jour le jour, la progestérone le freine. La chute de progestérone juste avant les règles lève ce frein, ce qui pourrait expliquer une hausse chez certaines. Les chercheurs reconnaissent toutefois que les dosages hormonaux n'expliquent pas l'ensemble des variations observées.
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03Peut-on tomber enceinte en faisant l'amour pendant ses règles ?
Oui. Les spermatozoïdes survivent plusieurs jours dans les voies génitales, et une ovulation précoce sur un cycle court peut suffire à rendre une grossesse possible. Les règles ne constituent en aucun cas un moyen de contraception.
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04Faire l'amour pendant ses règles soulage-t-il les douleurs ?
L'orgasme libère des endorphines, qui ont un effet analgésique, et provoque des contractions utérines. Beaucoup de femmes rapportent un soulagement de leurs crampes. Cela reste une observation courante et non un traitement des règles douloureuses : en cas de douleurs importantes ou invalidantes, parlez-en à un médecin.
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05Faut-il retirer son tampon ou sa cup avant un rapport ?
Oui, systématiquement en cas de rapport avec pénétration. Un tampon peut être poussé plus haut et devenir difficile à retirer, et une cup mal positionnée devient inconfortable. Retirez la protection avant, remettez-en une après.
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06Le sexe pendant les règles présente-t-il un risque particulier ?
Il n'y a pas de contre-indication médicale. En revanche, les infections sexuellement transmissibles se transmettent pendant les règles comme le reste du temps. Le préservatif reste la seule protection contre les IST, et il évite aussi le contact avec le sang si c'est un frein pour l'un des partenaires.
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07Pourquoi ma libido est-elle au contraire en berne pendant mes règles ?
C'est tout aussi fréquent. Crampes, fatigue et inconfort suffisent à faire baisser le désir. Dans la plus grande étude disponible sur le sujet, le facteur qui prédisait le mieux les variations de désir n'était pas hormonal mais psychologique : le fait de se sentir bien. Une partie des participantes ne présentait par ailleurs aucune variation au cours du cycle.
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08À quel moment du cycle la libido est-elle la plus forte ?
En moyenne, autour de l'ovulation, en milieu de cycle, quand l'œstradiol est au plus haut. Mais cette moyenne masque des profils très différents : elle décrit une tendance de groupe, pas une règle applicable à chacune. Se comparer à ce calendrier théorique n'a pas grand intérêt.
- Kiesner J. et al., « Sexual desire across the menstrual cycle », The Journal of Sexual Medicine, 2023, vol. 20 n° 6, p. 756-765. Étude sur 213 femmes suivies pendant deux cycles, 11 735 questionnaires quotidiens.
- Roney J. R. et Simmons Z. L., « Hormonal predictors of sexual motivation in natural menstrual cycles », Hormones and Behavior, 2013.
- Assurance Maladie (ameli.fr), pages consacrées à la contraception et aux infections sexuellement transmissibles.






























